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Oeuvre de Soutien
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« L’emprunt du Bon Dieu »


IIl fallait des millions pour rebâtir les milliers d’églises démolies. La France et les Français appauvris par la guerre n’avaient pas les moyens d’investir. C’est pourquoi sur le modèle des coopératives de reconstruction industrielles et minières et à la suite du diocèse de Nancy, l’Œuvre de Secours, avec une virtuosité étonnante, regroupa les coopératives de reconstruction d’églises des diocèses libérés, et lança un emprunt de 200 millions de Francs, qui fut couvert en cinq jours !


Carte du Nord de la France ou chaque eglise a reconstruire est marquee par une epingle
D.R. Carte du Nord de la France où chaque église
à reconstruire est marquée par une épingle

Vous savez comment le problème a été posé : De la mer du Nord aux Vosges, plus de 2000 églises atteintes, dont 1300 environ complètement détruites, ou dont il ne restait que quelques pans de murs aux pierres disjointes et calcinées. Parfois, les fondations même avaient disparu, volatilisées par l’éclatement des obus. Autour de ces ruines, pareilles à celles des autres maisons et parfois confondues avec elles, un chaos sans nom. Pour relever tant d’églises, il fallait résoudre une triple difficulté : financière, administrative, technique.

Difficulté financière. — L’initiative privée ne pouvait assumer, à elle seule, une pareille charge. Il fallait le concours de l’Etat, concours d’ailleurs prévu par la loi, pour les églises comme pour tous les autres biens endommagés par la guerre. Mais l’Allemagne ne remboursait pas à la France les milliards que celle-ci avait avancés pour les réparations, et cette carence prolongée empêchait l’Etat de prélever immédiatement sur ses ressources les centaines de millions nécessaires à la reconstruction des églises.

Difficulté administrative. — La plupart des églises appartiennent aux communes, mineures légales soumises à la tutelle préfectorale. Aussi, toutes les décisions les concernant doivent-elles être appuyées de délibérations du conseil municipal prises dans la forme légale et sanctionnées par la préfecture. La bonne volonté du plus grand nombre des communes était indéniable, mais leur tâche trop lourde. N’avaient-elles pas déjà à reconstruire la mairie et l’école ? Et surtout chacun de leurs membres n’avait-il pas, en plus de ses soucis d’ordre public, la légitime et absorbante préoccupation de relever les ruines de sa propre maison, de sa ferme ou de son usine ? Il y avait lieu de penser que la reconstruction de milliers d’églises dont les dossiers intéressaient cinq ministères (Régions libérées, Finances, Beaux-Arts, Intérieur et Justice) et, dans les préfectures, de nombreuses commissions ou services, ne pourrait pas être menée sans quelques flottements.

Difficultés techniques. — Il fallait arriver à ce que les églises fussent reconstruites dans les conditions techniques et d’esthétique convenant à de pareils édifices. Les églises nouvelles devaient être, non des constructions quelconques, mais des œuvres d’architecture dignes de continuer la tradition de celles que la guerre avait mutilées ou détruites et qui étaient généralement si émouvantes, et parfois si belles. Elles devaient répondre aux besoins du culte et posséder, dans leur ensemble, comme dans chacune de leurs parties, des dispositions en harmonie avec la liturgie et le symbolisme catholiques.

eglise en reconstruction
D.R. Eglise en reconstruction

Bref, le problème de reconstruire en quelques années près de deux mille églises — problème unique dans l’histoire — était aussi vaste et aussi complexe au point de vue technique qu’aux points de vue administratif et financier. Il fallait une solution d’ensemble appliquée avec méthode par une organisation puissante aux mains d’hommes décidés. Cette solution, cette méthode, cette organisation, ces hommes, les évêques des diocèses sinistrés les ont trouvés. De leur volonté de voir rebâties les églises est né le Groupement des Coopératives de reconstruction d’églises dévastées. Cet organisme fut créé d’accord avec les pouvoirs publics.

« Œuvre » par son objet spirituel, mais « affaire » et même très grande affaire par la nature et l’importance des opérations financières et des constructions dont il a la charge, le Groupement des églises dévastées fut constitué sur le modèle des autres sociétés alors déjà formées pour la réparation des dommages de guerre subis par les mines et les grandes industries. Régi par le même statut légal que ces groupements industriels ou miniers, il reçut de l’Etat les mêmes garanties financières.

Aucune difficulté n’a, jusqu’à présent, dominé le Groupement des églises dévastées.

La difficulté financière. — Ce fut la première vaincue.

Il fallait, pour commencer, 200 millions. Mais l’Etat ne pouvait payer ce capital à la vitesse où les travaux devaient être menés. Une convention fut passée avec lui, en application de laquelle le Groupement des églises dévastées pouvait emprunter 200 millions, à charge pour l’Etat de rembourser cette somme en trente ans aux prêteurs et de leur verser, en outre, 6 pour 100 l’an d’intérêts jusqu’à la date de remboursement du capital.

Vous vous rappelez ce que fut cet emprunt

Tract deuxième emprunt lance par le Groupement
D.R. Tract d’un deuxième emprunt
lancé par le Groupement

Émis le 1er mars 1922 sous le patronage de tous les évêques, et après que le Nonce apostolique en eut souligné, par une lettre publiée dans les journaux, la haute portée catholique et française, il fut couvert en moins de cinq jours et montra quelle place les églises tiennent dans le cœur de notre pays. Ces 200 millions, qu’un admirable élan de solidarité nationale avait réunis en 1922 pour commencer la reconstruction des églises, sont aujourd’hui épuisés. Ils ont permis de relever 500 des églises que la guerre avait anéanties. Pour rebâtir les 800 autres complètement démolies ou très gravement endommagées et dont les travaux ne sont aujourd’hui pas encore commencés, il faut environ 600 autres millions.

Cette œuvre n’est pas achevée. Loin de là. Mais je puis vous assurer qu’elle est menée par des hommes décidés à la faire aboutir et qui sans doute y réussiront, parce qu’ils sont obsédés par cette pensée que le terre désolée où 1500000 Français sont morts pour une idée, doit être reconstituée aussi bien spirituellement que matériellement, et qu’elle ne le sera tout à fait que le jour où se dresseront à nouveau au-dessus d’elle les autels et les clochers, avec la croix... la croix symbole de la vie... de la paix... de la justice... de la vraie liberté. Extraits du Rapport général de Marcel Bourgeois, Directeur du Groupement de reconstruction des églises dévastées, à l’Assemblée générale de l’Œuvre de Secours, le 26 mai 1925[1]