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Oeuvre de Soutien
BP 12203
45012 Orléans Cedex 01
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« Seigneur, j’ai aimé la splendeur de votre maison… »


… et le lieu où réside votre gloire ». Ce verset du psautier devint la devise de l’Œuvre de Secours. Si son projet initial est de rétablir immédiatement le culte dans les régions évacuées par l’ennemi, elle a le souci d’honorer la demeure de Dieu. Pour veiller à la dignité des chapelles provisoires en tôle ondulée ou en bois qu’elle installe dans les ruines, elle fait appel à d’éminents et talentueux architectes chrétiens.


Les destructions causées par l’invasion allemande en 1914 avaient profondément ému les chrétiens qui voyaient crouler leurs églises. L’émotion pouvait bien être plus cruellement ressentie par les amateurs d’art qui voyaient disparaître des bijoux architecturaux du Moyen-Âge ou de la Renaissance.

Les architectes chrétiens que rassemblait depuis plusieurs années la Société de Saint-Jean en vue d’un renouveau de l’art chrétien avaient immédiatement proposé leurs services aux évêques des régions envahies et quand l’Œuvre de Secours fut née, ils étaient tout prêts à lui apporter leurs concours.

Il fallait d’abord parer au plus pressé en protégeant les édifices contre les intempéries, les couvrir et les clore. « Si nous ne sommes pas à l’abri du vent, nous sommes au moins à l’abri de l’eau et, pour ma part, je ne serai pas obligé de confesser avec mon parapluie ouvert. » Extrait d’une lettre de remerciement adressée par un curé à l’Œuvre de Secours[1]

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D.R. Plan d'une église provisoire

Ensuite, en attendant la fin des hostilités, il convenait d’élever des chapelles provisoires dignes du culte divin. Le manque de moyens obligeant à la simplicité et la pauvreté, qui n’avaient pas toujours été contraires à l’art chrétien. Les architectes proposèrent alors avec une générosité désintéressée des plans où leur talent donnait aux plâtres et aux bois des harmonies sacrées. Ils prévoyaient déjà que ces abris provisoires pourraient, une fois la paix revenue et l’église rebâtie, servir de salles paroissiales. Ils savaient bien que leurs plans ne pouvaient s’imposer mais devaient s’adapter à chaque commune, indiquant seulement des voies qui mèneraient à des solutions définitives. Ils comprirent également qu’ils devaient profiter de l’occasion du désastre pour renouveler l’art chrétien et échapper aux fautes de goût du XIXe siècle.

Après la guerre, et devant l’immensité de la tâche − des milliers d’églises avaient besoin de soins − l’Œuvre de Secours intensifia son activité et envisagea un plan d’ensemble pour agir avec méthode. Un Groupement des coopératives diocésaines de reconstruction d’églises s’organisa qui apportait, en plus de moyens financiers, le conseil technique d’éminents architectes chrétiens.

Leurs principes étaient les suivants :

  • Laisser les églises classées au soin de l’Administration des Beaux-Arts et puisque les réfections réclameraient de la patience et du talent, l’Œuvre de Secours s’engagerait à entretenir l’abri provisoire pendant la durée des travaux.

  • eglise provisoire bois
    D.R. Eglise provisoire en bois

  • Rebâtir les églises ordinaires sur l’endroit même de l’église détruite car l’archéologie a montré que les sanctuaires se superposent au long des siècles.

  • Retrouver le caractère de l’église démolie et tenter de s’en rapprocher.

  • Éviter les pastiches romans, médiévaux ou baroques et ne pas craindre d’innover : « Quelqu’amour que l’on ait pour nos belles et émouvantes églises du Moyen-Âge, n’y a-t-il pas de notre temps des architectes trop habiles et trop artistes pour les condamner au rôle ingrat de plagiaires, et ne doit-on pas leur laisser la liberté d’être eux-mêmes ? » Deshoulières, Directeur adjoint de la Société française d’Archéologie et membre de l’Œuvre de Secours dès les premières années.[2]

  • Enfin veiller à ce que les architectes choisis par les communes respectent l’affectation de l’édifice. Il s’agissait de faire attention aux besoins liturgiques, aux soucis pastoraux, et de ne pas construire une synagogue ou une mosquée !

    Monsieur Marcel Bourgeois, Directeur du Groupement des églises dévastées s’exprimait ainsi lors de l’Assemblée générale de l’Œuvre de Secours en 1925 : « L’effort de nos architectes et de nos entrepreneurs, à qui l’avenir rendra l’hommage qu’ils méritent, a toujours été orienté par les Coopératives diocésaines vers la réalisation d’édifices possédant le caractère religieux et la beauté que commandait leur destination spirituelle.

    Pour veiller à ce que la tradition fût renouée, non seulement dans l’édifice lui-même, mais aussi dans le mobilier et la décoration, et à ce que l’ensemble fût digne de constituer la maison de Dieu, pour préparer les marchés, suivre les travaux et contrôler les payements, il fallut créer toute une organisation technique dont l’ampleur correspondît à celle de la tâche à remplir.

    Aujourd'hui que des centaines d’églises sont rebâties, on peut constater les résultats de cette organisation technique, à laquelle des conseils hautement qualifiés par leur science architecturale, la valeur de leurs conceptions artistiques et la sereine indépendance de leurs jugements, ont bien voulu apporter leur concours désintéressé. Sans doute l’ampleur et la diversité du problème de reconstruire d’un coup des centaines et des centaines d’églises interdit-elle la prétention de ne réaliser que des chefs-d’œuvre. Mais on aura souvent atteint à cette beauté simple et émouvante qui doit contribuer à l’enseignement de l’âme populaire, et parfois même à une splendeur mystique dont la contemplation arrache l’âme à la terre et produit ce que Barrès appelait « un jaillissement de prière ».

    nouvelle eglise
    D.R. Eglise entièrement reconstruite où l’architecte
    a su réunir le pittoresque et la modernité

    Finalement les architectes ont répondu à l’appel lancé par le Père Sertillanges à Notre-Dame de Paris en janvier 1916. Lors d’un discours en faveur de l’Œuvre de Secours, il disait : « la Providence qui utilise tout peut ici comme partout faire du renouveau avec de la ruine. Un renouveau de sens chrétien en matière d’art et de sentiment d’art en matière chrétienne : quelle joie pour la reprise de vie des chers sanctuaires ! Espérons cela mes Frères ! Vous y veillerez, artistes, et que se réalise le premier mot de Pie X à son avènement sur un trône pourtant préoccupé de tant d’autres soins : "Je veux que mon peuple prie sur de la beauté." »