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Le pardon : jusqu'à combien de fois ?

Homélie pour le Temps ordinaire - 24ème dimanche du temps ordinaire - Année A

La parabole du débiteur sans pitié
(Mt 18, 21-35)

Par le Père Guy Lecourt
Prêtre de Versailles (78),
le 11-09-2011


« Le Pardon : jusqu’à combien de fois ? »

Vous connaissez les expressions : « Je ne lui pardonnerai jamais ! » ou « Il m’en a trop fait voir ! » ou encore « Je veux bien être bon mais pas être poire ! ». Autant dire que pardonner n’est pas chose naturelle et qu’on admire même Pierre qui va proposer au Seigneur de pardonner jusqu’à 7 fois. La réponse de Jésus est claire et sans appel : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois 7 fois ». Pourquoi donc ce chiffre ? Les forts en calcul, ne vous cassez pas la tête (ici, c’est facile : 490 fois !), c’est une vieille histoire qui remonte aux origines de l’humanité.

Après que Caïn ait tué Abel, Dieu va mettre un signe sur lui pour que personne, en le rencontrant, ne le frappe : « Si l’on tue Caïn, il sera vengé 7 fois. » Gn 4, 15. Dieu veut tuer dans l’œuf le cycle infernal de la vengeance qui prend rapidement de l’ampleur, puisque, 4 générations après, son descendant Lamek lance à ses femmes ce terrible chant : « J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Caïn sera vengé 7 fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois ! » Gn 4, 23-24.

Jésus, en reprenant ces chiffres et en les multipliant par 7, chiffre parfait, manifeste sa volonté absolue d’éradiquer totalement toute violence et invite ses disciples à apprendre le pardon.

Est-ce bien possible ? Ne nous en demande-t-Il pas un peu trop ?

C’est d’abord une question de bon sens. La première lecture de Ben Sirac le Sage nous montre, de façon claire, l’incohérence de celui qui demande le pardon alors qu’il ne sait pas ou ne veut pas pardonner. « Si un homme n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses propres fautes ? »

Mais il faut aller plus loin et c’est bien pour révéler qui est son Père qu’Il propose cette parabole du débiteur impitoyable. Dieu est amour et cet amour s’exprime à fond dans le pardon, la remise totale des dettes, fussent-elles exorbitantes comme celle de cet homme sans cœur qui lui devait, tenez-vous bien, (je l’ai calculé un jour) 4 459 vies de travail ! Dieu est remué jusqu’au entrailles, dit le texte, parce que ce pauvre homme ne s’en sortirait jamais ! Mais sa compassion se tourne en colère quand on lui apprend que ce serviteur, libéré de toute sa dette, s’est montré intransigeant à l’égard de celui qui lui devait une somme dérisoire : 100 jours de travail ! « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’ai eu pitié de toi ? ». Le châtiment qui suit permettra à ce serviteur sans cœur de mesurer l’immensité de sa dette, ce qu’il n’avait sans doute pas fait.

Avons-nous mesuré la dette qui est la nôtre ?  La première chose est de le faire et de découvrir à quel point nous sommes pécheurs, sans doute bien plus profondément que nous ne le pensons, tant notre égoïsme est ancré et caché en nous. Nous serons alors beaucoup plus humbles et reconnaissants de ce pardon que Dieu nous donne totalement, et il nous sera plus aisé de pardonner.

Mais qu’est-ce que pardonner ? Voici ce qu’écrit le P. Varillon : « … Pardonner, c’est la forme supérieure du don. J’insiste toujours pour qu’on écrive par-donner, avec un petit tiret, pour qu’on mette en valeur le préfixe “ par ” qui, dans plusieurs langues, signifie à fond, jusqu’au bout…. Les hommes ont toutes les peines du monde à se pardonner vraiment. La forme supérieure du don, c’est le don de la paix. Pardonner, c’est effacer mon ressentiment, piétiner mon orgueil, faire la paix, la construire. Le pardon n’est pas un coup d’éponge, il est une re-création : pardonner, c’est permettre un nouveau départ. Nous sommes là au cœur de la spiritualité. Le refus du pardon, c’est le péché qui ne peut pas être pardonné, par la force des choses.»

Une dernière objection : « De quoi aurais-je l’air si je fais le premier pas, si je pardonne ? » Je réponds : « Tu as l’air de Jésus lui-même : Il pardonne à Pierre qui trahit, à l’un des condamnés crucifiés avec Lui, à ses bourreaux… »

Alors, demandons sans cesse la force de l’Amour divin, infini, riche en miséricorde : il est le seul à pouvoir nous entraîner à pardonner. Prions sérieusement le Notre Père lorsque nous disons à Dieu : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés… ».

AMEN !