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Oeuvre de Soutien
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De Mgr Olivier Leborgne

 

Entrer de nouveau en Carême pour aller plus profond, pour découvrir ce Dieu toujours plus grand que ce que nous connaissons de lui...

« L’Eglise est experte en humanité », aimait à dire le Pape Paul VI. Il parlait de l’expérience de l’Eglise dans son compagnonnage avec les hommes et les femmes de chaque époque, de sa capacité à remettre debout, à éduquer, à chercher ensemble ce qui humanise. Pour le dire autrement, il parlait de son expérience de sainteté.

Il me semble aussi que l’Eglise est experte en humanité en ce qu’elle connait bien ce dont nous sommes faits. Elle sait notamment l’importance du temps et de le marquer par des rites réguliers. Voilà ainsi que nous entrons en Carême. Comme chaque année.

Prendre le temps. Non pas répéter. Mais reprendre pour approfondir. Profiter de ce que l’année a apporté pour ancrer notre désir de Dieu, notre amour du Christ, notre disposition à l’Esprit Saint. Revenir à la source. Refuser la résignation (ce que serait la stricte répétition). Entrer de nouveau en Carême pour aller plus profond, pour découvrir ce Dieu toujours plus grand que ce que nous connaissons de lui, pour accueillir cette grâce de l’avenir qu’est la résurrection du Christ. Creuser aujourd’hui pour aujourd’hui et pour demain notre « capacité » de Dieu. « Fais-toi capacité et je me ferai torrent » disait le Seigneur à Ste Catherine de Sienne.

Et pour cela, jeûner. Sortir de la logique prédatrice envie-satisfaction. Travailler le manque ; et ainsi passer de la consommation (« je te prends ») à la relation (« je te reçois, et je me donne »). Consentir au manque pour sortir de l’illusion que je peux m’auto suffire : Dieu seul est notre plénitude. Habiter le manque pour accueillir Celui qui veux tout nous donner. Et dans l’union au Christ, expérimenter la communion avec tous ceux qui manquent, et offrir pour eux. Ne pas oublier que nous avons un corps, choisir un lieu très concret d’exercice du jeûne.

Et pour cela, partager. « Faire l’aumône. » Vivre le don de soi. A travers le partage financier, chaque année réévalué. A travers le partage du temps, avec son conjoint, ses enfants, ses proches et ses moins proches, ceux qu’à la manière de Jésus on appelle « le prochain ». A travers le regard qui partage en la révélant la dignité à celui à qui il est destiné. Connaissez-vous le prénom de personnes sans domicile fixe qui sont parfois à l’entrée de nos églises ? Repenser notre engagement (avec réalisme et audace) auprès des plus démunis, et vivre ainsi le jeûne que Dieu préfère (cf. Isaïe 53). Nous offrir avec le pain et le vin à chaque eucharistie, pour devenir ce que le Christ vient y faire de nous, son corps livré pour la vie du monde. En Christ, Dieu partagé pour notre salut, nous laisser entrainer dans le partage de nos vies.

Et pour cela, prier. Parce que tout est là. Dans l’union au Christ. « Donnez-moi un homme d’oraison, disait Saint Vincent de Paul, il sera capable de tout. » Sans cesse replonger à la source, et laisser le Christ nous humaniser, et laisser l’Esprit Saint déposer en nous la puissance de la résurrection du Christ. Et ne pas oublier que nous avons un corps ; et que le temps est une dimension de l’incarnation. Alors prendre une décision claire, même apparemment anodine (c’est souvent ce genre de décision qui porte le plus de fruit – le Malin nous fait toujours viser ce que nous ne pouvons pas atteindre pour nous désespérer de nous-mêmes et nous faire douter de Dieu… ne nous laissons pas piéger !)

Bon carême !

+ Olivier Leborgne, évêque d’Amiens