Homélie : Heureux les invités au repas du Seigneur
Les invités au festin de noce (Mt 22, 1-14)

Cette homélie a été prononcée par le
Père Guy Lecourt, prêtre du diocèse de Versailles
“ Beaucoup en effet sont appelés, mais peu sont élus. ” Mt 22, 14
Cette parole du Christ conclut la parabole du festin de noce. Elle pourrait décourager ou suggérer un esprit de compétition pour être parmi les heureux “reçus”. Est-ce bien cela que Jésus veut nous dire ?
Comme bien souvent dans les paraboles, il y a des extravagances, des comportements étonnants pouvant mettre mal à l’aise :
- Qui sont ces invités qui refusent de se rendre à des noces, alors que bien de nos contemporains traversent aujourd’hui la France entière pour ne pas en manquer une ? Qui sont ces invités qui maltraitent et même tuent les envoyés du roi ?
- Quel est ce roi, qui, après avoir convié ses invités (supposés être ses amis ou ses sujets), envoie ses troupes punir les meurtriers et massacrer leurs villes ?
- Quel est ce roi qui s’obstine à vouloir, coûte que coûte, remplir la salle de noces de convives, avec des “mauvais et des bons”, que les serviteurs ont été chercher mot à mot “jusqu’à la sortie des chemins”, c’est à dire le point où l’on sort d’un pays, la frontière ?
Cette première partie de la parabole exprime l’immense désir, allant presque jusqu’à l’obsession, d’un Dieu qui veut voir tous les hommes rassemblés pour les noces de Son Fils avec l’humanité. La parabole manifeste l’universalisme du salut et la gratuité de l’appel.
La deuxième partie présente un aspect tout à fait autre qui n’est pas non plus sans poser question. Le roi vient visiter les convives et il remarque qu’il y en a un qui n’a pas le vêtement de noces. Que peut bien signifier ce vêtement de noces ?
Dans la Bible, les significations du vêtement sont diverses et nombreuses. Non seulement le vêtement est indispensable pour vivre [Si 29, 21 ; 1 Tm 6], mais il caractérise l’individu et sa fonction : prophète, roi, grand prêtre, esclave, ainsi que son état : fête/travail ; apparat/deuil… Quant aux expressions, elles ne manquent pas : “déchirer ses vêtements” face à une provocation ou un blasphème (procès de Jésus) ; “toucher la frange du manteau” pour en retirer quelque bienfait (femme hémorroïsse auprès de Jésus, Lc 8, 44) ; ne pas souiller ses vêtements, Ap 3, 5, c’est à dire ne pas pécher ; laver ses vêtements, donc se purifier ou être purifié ; déposer/reprendre son vêtement, équivaut à servir (lavement des pieds), se tenir prêt… Enfin, le vêtement révèle l’intégrité définitive de l’homme : Dieu fait des tuniques à Adam et Eve, Gn 3, 21 ; le père revêt l’enfant prodigue d’une nouvelle robe, Luc 15, 22 ; Jésus est transfiguré et ses vêtements éblouissants révèlent qui Il est réellement, Mc 9, 3. Paul reprendra la symbolique du vêtement pour déclarer qu’avec le Christ, nous dépouillons le vieil homme et ses prétentions pour revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu, Ep 4, 22-24. En Ga 3, 27, “Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ”. Tout homme, à son baptême, est ainsi revêtu du vêtement blanc des noces
Quant à l’homme de la parabole qui ne porte pas le vêtement de noce, il n’est pas dit qu’il est mauvais. Il est simplement dit qu’il resta muet. L’invitation au festin de noces ne l’a pas changé ; l’appel à se réjouir, à être associé au bonheur du Fils qu’il est invité à partager, à remercier Celui qui l’a invité, le laisse coi, sans réponse, (mot à mot “muselé”). Ainsi pour que cette parabole, qui ouvre à tous l’invitation au festin, ne soit pas comprise de travers, laissant croire que, quoiqu’on fasse, comme le disait le titre d’une chanson : “On ira tous au paradis…”, Jésus a mis en présence cet homme qui ne portait pas le vêtement des noces éternelles, demandant que nous revêtions l’habit de noces, que nous “revêtions Jésus Lui-même”, que nous Lui soyons unis.
Quant à savoir combien il y aura d’élus ? Jésus ne répond pas. Il le fait indirectement comme dans un autre passage d’Evangile quand on Lui pose la même question : « Quelqu'un lui dit : “ Seigneur, n'y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? ” - Il leur répondit : « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. » Lc 13, 23-24. Autrement dit, prenez vos responsabilités, je ne ferai rien sans vous. Le grand nombre des élus dépend donc et de l’effort de chacun et de la miséricorde divine.
Mais pour notre plus grande espérance et notre plus grande joie, le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse, lève le voile sur cet avenir et nous montre ainsi la cité céleste : « Après quoi, voici qu'apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue ; debout devant le trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main… » Ap 7, 9
“ Heureux les invités au repas du Seigneur ”. Qu’allons-nous répondre aujourd’hui ?
AMEN !